Octobre Rose : quand le cancer du sein bouleverse le rapport au corps, quel rôle pour la psychomotricité ?
Comprendre les conséquences physiques et émotionnelles du cancer du sein et découvrir comment la psychomotricité peut contribuer à l'accompagnement des personnes touchées par la maladie.

Octobre Rose : sensibiliser, prévenir et accompagner
Chaque année, le mois d'octobre se pare de rose pour sensibiliser le grand public au cancer du sein, rappeler l'importance du dépistage et soutenir les personnes confrontées à cette maladie.
Mais derrière le diagnostic, les examens et les traitements, il existe une dimension dont on parle parfois moins : le rapport au corps.
Comment se reconnaître dans un corps qui a changé ? Comment retrouver confiance après une intervention chirurgicale ? Pourquoi certaines personnes éprouvent-elles des difficultés à accepter leur nouvelle image ? Et comment renouer progressivement avec leurs sensations corporelles ?
Le cancer du sein ne touche pas uniquement un organe. Il peut également modifier la manière dont une personne ressent, perçoit et investit son propre corps.
C'est dans cette dimension que la psychomotricité peut trouver sa place, en complément des soins médicaux, de la rééducation et de l'accompagnement psychologique.
1. Le cancer du sein : pourquoi le dépistage est-il essentiel ?
Le cancer du sein est le cancer le plus fréquemment diagnostiqué chez les femmes en France.
Grâce aux progrès du dépistage et des traitements, de nombreux cancers peuvent aujourd'hui être détectés à un stade précoce, ce qui améliore les possibilités de prise en charge.
En France, le programme national de dépistage organisé propose aux femmes âgées de 50 à 74 ans, présentant un risque moyen, une mammographie tous les deux ans, accompagnée d'un examen clinique des seins.
En présence de facteurs de risque particuliers, notamment certains antécédents personnels ou familiaux, une surveillance spécifique peut être proposée par le médecin.
Il est également important de rester attentive à certaines modifications inhabituelles :
L'apparition d'une boule dans le sein ou sous l'aisselle.
Une modification récente de la forme ou du volume d'un sein.
Une modification de la peau, comme une rougeur persistante ou une rétraction.
Un écoulement inhabituel du mamelon, notamment sanglant.
Une modification récente de l'aspect du mamelon.
Ces signes ne signifient pas nécessairement qu'un cancer est présent, mais ils justifient une consultation médicale, quel que soit l'âge.
Le dépistage permet de rechercher une maladie avant l'apparition de symptômes. En revanche, toute anomalie constatée nécessite un avis médical sans attendre la prochaine mammographie.
Octobre Rose est donc l'occasion de rappeler l'importance de la prévention, mais également celle de l'accompagnement des personnes pendant et après la maladie.
2. Quand la maladie transforme l'image du corps
Notre corps est bien plus qu'un ensemble de muscles, d'organes et d'articulations.
Il participe à notre identité, à notre confiance en nous, à nos relations avec les autres et à la manière dont nous nous présentons au monde.
En psychomotricité, nous nous intéressons notamment à deux notions complémentaires.
Le schéma corporel correspond à la représentation que nous construisons de notre corps, de sa position et de ses possibilités de mouvement.
L'image du corps renvoie davantage à la manière subjective dont nous percevons et vivons notre corps, en lien avec nos émotions, notre histoire et le regard que nous portons sur nous-mêmes.
Ces deux dimensions peuvent être affectées par le cancer du sein.
Des transformations parfois difficiles à vivre
Selon les traitements nécessaires, une personne peut être confrontée à :
Une cicatrice après une intervention chirurgicale.
Une mastectomie, correspondant à l'ablation d'un sein.
Une modification de la forme ou de la sensibilité du sein.
Une perte de cheveux liée à certaines chimiothérapies.
Des changements de poids ou de silhouette.
Des douleurs ou une limitation de certains mouvements.
Des modifications hormonales pouvant influencer le confort corporel et la sexualité.
Ces changements ne sont pas vécus de la même manière par toutes les personnes.
Certaines parviennent progressivement à intégrer ces transformations. D'autres peuvent ressentir de la tristesse, de la colère, de la honte, une perte de confiance ou un sentiment d'étrangeté face à leur propre corps.
Le miroir peut parfois devenir difficile à regarder. Le contact avec certaines parties du corps peut susciter une appréhension. Les vêtements autrefois appréciés peuvent ne plus procurer les mêmes sensations.
Il ne s'agit pas de réactions superficielles.
Le vécu corporel constitue une dimension importante de la qualité de vie et de l'identité personnelle.
Les recherches scientifiques montrent que les modifications de l'image corporelle après un cancer du sein peuvent avoir des conséquences sur le bien-être psychologique, les relations sociales et la qualité de vie.
Il est essentiel de rappeler qu'il n'existe pas une seule bonne manière de vivre ces transformations.
3. Les conséquences psychocorporelles du cancer du sein
La maladie et ses traitements peuvent entraîner différentes manifestations physiques et émotionnelles.
Celles-ci varient selon les personnes, les traitements reçus et le moment du parcours de soins.
Une fatigue qui dépasse la fatigue habituelle
La fatigue liée au cancer peut être particulièrement intense.
Elle ne disparaît pas toujours après une nuit de sommeil ou une période de repos.
Elle peut rendre difficiles des activités auparavant simples : marcher, faire les courses, se concentrer, travailler ou participer à des activités familiales.
Cette fatigue peut également avoir des conséquences sur le moral, l'autonomie et la confiance dans ses capacités physiques.
Il est donc important de ne pas confondre cette fatigue avec un manque de volonté.
Des douleurs et des tensions corporelles
Après une chirurgie ou certains traitements, des douleurs, des raideurs ou des sensations inhabituelles peuvent apparaître.
Une personne peut, par exemple, limiter spontanément les mouvements de son bras par peur de ressentir une douleur.
Cette appréhension peut progressivement modifier sa posture et sa manière de bouger.
Certaines difficultés nécessitent une évaluation médicale et une rééducation spécialisée, notamment en présence de limitations articulaires, de douleurs persistantes ou de lymphœdème.
Une modification des sensations corporelles
Certaines personnes décrivent une sensation de corps différent, parfois moins familier.
Une zone opérée peut être moins sensible, au contraire hypersensible, ou simplement perçue différemment.
Ces changements peuvent influencer la manière de toucher son corps, de s'habiller ou de réaliser certains gestes quotidiens.
Des émotions qui s'expriment aussi physiquement
L'annonce d'un cancer peut provoquer un bouleversement émotionnel important.
L'anxiété, l'incertitude, la peur de la récidive ou les préoccupations liées à l'avenir peuvent s'accompagner de manifestations corporelles :
Tensions musculaires.
Respiration plus rapide.
Sensation d'oppression.
Agitation ou difficulté à se détendre.
Troubles du sommeil.
Sensation de fatigue persistante.
Ces manifestations ne sont pas imaginaires : les émotions et le fonctionnement corporel sont étroitement liés.
Cependant, un symptôme physique nouveau ou persistant ne doit jamais être automatiquement attribué au stress. Il doit être signalé à l'équipe soignante.
4. Quel rôle peut jouer la psychomotricité ?
La psychomotricité s'intéresse aux relations entre le corps, le mouvement, les émotions et le fonctionnement psychique.
Elle peut proposer un espace d'accompagnement dans lequel la personne est considérée dans sa globalité, au-delà de sa maladie.
Dans le cadre du cancer du sein, les objectifs doivent être individualisés, en fonction des besoins de la personne, de son état de santé et des recommandations de l'équipe médicale.
Se réapproprier progressivement son corps
Après une intervention chirurgicale ou des traitements éprouvants, certaines personnes peuvent avoir besoin de retrouver des sensations corporelles rassurantes.
Le psychomotricien peut proposer, selon la situation :
Des exercices doux de conscience corporelle.
Des expériences de perception des appuis et de la posture.
Un travail autour des sensations corporelles.
Des mouvements simples et adaptés.
Des temps d'expression autour du vécu corporel.
L'objectif n'est pas de retrouver à tout prix le corps d'avant, mais de permettre à la personne de reconstruire progressivement une relation plus familière et sécurisante avec son corps actuel.
Favoriser la détente et la régulation émotionnelle
La relaxation psychomotrice peut constituer un outil d'accompagnement.
Elle peut s'appuyer sur la respiration, la prise de conscience des tensions musculaires, l'installation corporelle ou des exercices de détente adaptés.
Ces propositions peuvent aider certaines personnes à identifier leurs sensations, à prendre un temps pour elles et à mieux appréhender les tensions liées au stress.
Elles ne remplacent toutefois pas une prise en charge psychologique lorsque celle-ci est nécessaire.
Retrouver confiance dans ses capacités corporelles
Après une période de maladie, certaines activités peuvent devenir sources d'inquiétude.
Une personne peut craindre de se fatiguer, d'avoir mal ou de ne plus être capable de réaliser certains gestes.
Un accompagnement psychomoteur peut soutenir le sentiment de sécurité corporelle, la reprise de confiance dans le mouvement et la perception des capacités préservées.
Il ne remplace pas la kinésithérapie ni l'activité physique adaptée, qui disposent de leurs propres indications dans le parcours de soins.
Accompagner le vécu émotionnel des transformations physiques
La psychomotricité peut également offrir un espace pour aborder le vécu corporel de la maladie.
Il peut s'agir de travailler sur la perception de soi, les ressentis corporels, les appréhensions liées au mouvement ou les changements dans la relation à son corps.
Il est important de préciser que les recherches évaluant spécifiquement l'efficacité de la psychomotricité dans le cancer du sein restent limitées.
Ces propositions constituent donc des pistes d'accompagnement complémentaires, à adapter à chaque situation, et non des traitements dont l'efficacité spécifique serait démontrée pour toutes les patientes.
5. Le mouvement : un allié pendant et après les traitements
Lorsqu'une personne traverse un cancer, elle peut être tentée de réduire fortement ses activités physiques pour éviter la fatigue.
Pourtant, lorsque l'état de santé le permet, maintenir une activité physique adaptée présente des bénéfices reconnus.
Les recommandations en oncologie soulignent notamment son intérêt pour :
Réduire la fatigue liée au cancer.
Préserver les capacités physiques.
Entretenir la force et l'endurance.
Favoriser la qualité de vie.
Soutenir le bien-être psychologique.
L'activité physique doit cependant être adaptée à la situation médicale, aux traitements et aux éventuelles limitations fonctionnelles.
Il ne s'agit pas de demander à une personne malade de faire davantage d'efforts, mais de trouver avec les professionnels de santé une activité appropriée à ses capacités.
La marche, certains exercices de mobilité ou une activité physique adaptée encadrée peuvent être envisagés selon les recommandations médicales.
Une revue systématique publiée en 2024 a également étudié les effets de l'exercice sur l'image corporelle et l'estime de soi chez les femmes atteintes d'un cancer du sein.
Ses résultats suggèrent que certains exercices supervisés, notamment le renforcement musculaire, pourraient contribuer à améliorer l'estime de soi. En revanche, aucun bénéfice global significatif sur l'image corporelle n'a été démontré, et la qualité des preuves reste limitée.
Ces résultats rappellent l'importance d'un accompagnement individualisé, sans promettre les mêmes effets à toutes les personnes.
6. Après le cancer : pourquoi le retour à la vie quotidienne peut-il être difficile ?
La fin des traitements représente souvent une étape très attendue.
Pourtant, elle ne signifie pas nécessairement la disparition immédiate des difficultés.
Certaines personnes ressentent encore de la fatigue, des douleurs, des modifications corporelles ou une peur de la récidive.
L'entourage peut parfois penser que tout devrait rapidement redevenir comme avant.
Mais le rétablissement physique et psychologique ne suit pas toujours le même rythme.
Reprendre le travail, retrouver une activité sportive, renouer avec sa vie intime ou simplement se sentir à l'aise dans ses vêtements peut demander du temps.
Il est important de respecter cette temporalité.
Se reconstruire après un cancer ne signifie pas nécessairement redevenir la personne que l'on était avant la maladie. Cela peut aussi consister à apprendre à vivre avec un corps et une expérience qui ont changé.
Les soins de support ont précisément pour objectif d'accompagner ces différentes dimensions de la qualité de vie.
Ils peuvent associer, selon les besoins, un accompagnement psychologique, une prise en charge de la douleur, de la kinésithérapie, de l'activité physique adaptée, un soutien nutritionnel ou d'autres interventions complémentaires.
7. Quelques conseils pour mieux vivre les transformations corporelles
Chaque parcours est différent. Il n'existe pas de méthode universelle pour accepter les changements liés à la maladie.
Certaines attitudes peuvent néanmoins contribuer à préserver une relation plus bienveillante avec son corps.
Respecter ses sensations et ses limites
La fatigue et la douleur sont des informations importantes. Il est préférable d'adapter ses activités plutôt que de chercher à retrouver immédiatement son niveau antérieur.
Reprendre progressivement des activités appréciées
Lorsque cela est médicalement possible, retrouver une activité qui procure du plaisir peut contribuer à renouer avec ses capacités et ses sensations corporelles.
S'autoriser à ressentir des émotions contradictoires
On peut être soulagée par la fin d'un traitement tout en éprouvant de la tristesse face aux transformations physiques.
Ces émotions peuvent coexister.
Éviter les comparaisons
Chaque personne possède son propre parcours médical, son histoire corporelle et ses ressources.
La reconstruction ne suit pas un calendrier identique pour toutes.
Oser demander de l'aide
Une difficulté à accepter son image, une anxiété importante, une douleur persistante ou une fatigue invalidante méritent d'être abordées avec les professionnels de santé.
Ne pas rester seule face aux changements
Le soutien des proches, des associations de patients et des professionnels peut jouer un rôle important.
Il n'est pas nécessaire de traverser toutes les étapes de la maladie sans accompagnement.
8. Le regard de la psychomotricienne
En psychomotricité, le corps n'est jamais considéré uniquement sous son aspect mécanique.
Il représente également un espace de sensations, d'émotions, de souvenirs et d'expériences personnelles.
Lorsqu'une maladie comme le cancer du sein entraîne des transformations corporelles importantes, ce n'est pas seulement l'apparence physique qui peut être bouleversée.
La personne peut également voir évoluer sa manière de bouger, de se percevoir, de se sentir en sécurité dans son corps et d'entrer en relation avec les autres.
L'accompagnement psychomoteur peut alors s'intéresser à la manière dont la personne vit ces changements, aux sensations qui lui sont devenues étrangères et aux ressources corporelles qu'elle peut progressivement retrouver.
Il ne s'agit pas d'imposer une acceptation du corps ni de chercher à effacer les traces de la maladie.
L'objectif est avant tout d'offrir un espace d'écoute, d'expérimentation corporelle et d'accompagnement respectueux du vécu de chacun.
Car derrière un diagnostic, il existe une personne, une histoire et une relation singulière à son corps.
Et cette dimension mérite, elle aussi, toute notre attention.
9. Pour conclure : prendre soin du corps, c'est aussi prendre soin de la personne
Octobre Rose nous rappelle chaque année l'importance du dépistage et de la prévention du cancer du sein.
Mais cette mobilisation est également l'occasion de mettre en lumière les personnes qui vivent avec la maladie, celles qui traversent les traitements et celles qui continuent à en ressentir les conséquences plusieurs années après.
Les transformations corporelles, la fatigue, les douleurs et les bouleversements émotionnels peuvent profondément modifier le quotidien.
Au-delà des traitements médicaux, l'accompagnement doit donc prendre en compte la personne dans toutes ses dimensions.
La psychomotricité peut contribuer à cette approche globale en s'intéressant au vécu corporel, aux sensations, au mouvement et aux liens entre le corps et les émotions.
Parce que prendre soin d'une personne, ce n'est pas seulement traiter une maladie. C'est aussi reconnaître son vécu, respecter son rythme et l'accompagner dans sa relation à son propre corps.
À l'occasion d'Octobre Rose, rappelons l'importance du dépistage, du soutien et de l'écoute, pendant comme après la maladie.
Références scientifiques et institutionnelles
Institut national du cancer (INCa).Dépistage du cancer du sein et recommandations de prévention.Informations officielles sur le programme national de dépistage organisé, les facteurs de risque et les signes nécessitant une consultation.Site : www.cancer.fr
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Institut national du cancer (INCa).Activités physiques et qualité de vie pendant et après un cancer.Informations sur les bénéfices de l'activité physique adaptée, la fatigue et les soins de support.Site : www.cancer.fr
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Cet article a une vocation informative et ne remplace pas un avis médical. Toute intervention corporelle pendant ou après un traitement oncologique doit tenir compte des recommandations de l'équipe soignante.
Article rédigé par Yolène Auzoles, Psychomotricienne D.É



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