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Les écrans chez l’enfant : comprendre les risques sans culpabiliser les parents


Comment accompagner un usage plus adapté au développement de l’enfant



Aujourd’hui, les écrans font partie du quotidien de nombreuses familles.


Télévision, téléphone, tablette, dessins animés, vidéos, jeux… ils sont partout, et parfois, ils deviennent aussi un moyen de “souffler” quelques minutes quand le quotidien déborde.


Alors beaucoup de parents se posent les mêmes questions :

“Est-ce grave si mon enfant regarde un peu la tablette ?”“À partir de quel âge est-ce problématique ?”“Pourquoi les écrans semblent parfois l’exciter, l’énerver ou au contraire l’absorber complètement ?”“Comment poser un cadre sans conflit permanent ?”

En tant que psychomotricienne, je rencontre régulièrement des familles qui se sentent perdues face à ce sujet.Certaines culpabilisent énormément, d’autres ne savent plus quelles recommandations suivre, et beaucoup essaient simplement de faire au mieux dans un quotidien déjà bien rempli.


L’objectif de cet article n’est pas de diaboliser les écrans.


Il est plutôt de comprendre ce que les recherches nous montrent aujourd’hui, pourquoi le cerveau de l’enfant y est particulièrement sensible, et surtout comment accompagner un usage plus ajusté, sans tomber dans le tout ou rien.


Pourquoi les écrans ont-ils un impact particulier chez l’enfant ?

Le cerveau de l’enfant est en plein développement.


Pendant les premières années de vie, il construit progressivement :


  • le langage,

  • l’attention,

  • les capacités de régulation émotionnelle,

  • les compétences motrices,

  • la relation à l’autre,

  • la tolérance à l’ennui,

  • la capacité à jouer, imaginer, attendre et explorer.


Or, ces apprentissages se construisent avant tout dans le réel :


  • en manipulant,

  • en bougeant,

  • en observant le visage de l’adulte,

  • en jouant,

  • en interagissant,

  • en expérimentant avec son corps.


Les écrans, surtout lorsqu’ils sont utilisés de manière précoce, fréquente ou non accompagnée, peuvent prendre une place importante sur ce temps-là.


Le problème n’est donc pas uniquement “l’écran” en lui-même, mais ce qu’il remplace :


  • du jeu libre,

  • des échanges langagiers,

  • du mouvement,

  • de l’exploration,

  • du repos,

  • ou encore des interactions familiales.


Les données récentes montrent que le contexte d’utilisation compte énormément : l’âge de l’enfant, la durée, le moment de la journée, le type de contenu, et surtout la présence — ou non — d’un adulte pour accompagner l’expérience. Les travaux récents ne s’intéressent plus seulement au “temps d’écran” total, mais aussi à la qualité de l’usage.



Les écrans selon l’âge : ce que l’on sait aujourd’hui

Avant 3 ans : un cerveau qui a surtout besoin de vrai


Avant 3 ans, le développement de l’enfant repose essentiellement sur :


  • les interactions humaines,

  • la motricité,

  • la manipulation,

  • le langage adressé,

  • la répétition des expériences du quotidien.


À cet âge, un écran ne répond pas aux besoins fondamentaux du développement psychomoteur.


Les recommandations françaises et internationales convergent globalement vers une très grande prudence :


  • pas d’écran avant 2 ans (hors appels vidéo accompagnés) ;

  • et éviter autant que possible avant 3 ans, car l’enfant a surtout besoin d’échanges réels, de jeu, de mouvement et de disponibilité relationnelle.


Ce qui inquiète particulièrement chez les tout-petits, ce sont les liens observés entre une exposition importante et :


  • un langage moins stimulé,

  • moins d’attention conjointe,

  • moins d’interactions,

  • et parfois des difficultés dans les fonctions attentionnelles ou exécutives lorsque l’exposition prend beaucoup de place dans le quotidien.


Entre 3 et 6 ans : un âge où l’enfant reste très vulnérable


À l’âge maternel, l’enfant peut bien sûr regarder ponctuellement un dessin animé ou un contenu adapté.Mais son cerveau reste encore immature sur plusieurs plans :


  • attention,

  • inhibition,

  • tri des informations,

  • gestion émotionnelle,

  • compréhension du réel et de l’imaginaire.


À cet âge, les écrans peuvent rapidement devenir très envahissants car ils sollicitent fortement :


  • la curiosité,

  • le système de récompense,

  • l’attention visuelle,

  • la recherche de stimulation immédiate.


Ce n’est pas rare que les parents observent :


  • davantage d’irritabilité après un écran,

  • des difficultés à arrêter,

  • une agitation accrue,

  • ou au contraire un enfant “comme absorbé”.

Ce n’est pas forcément parce que “l’enfant est addict”, mais parce que l’écran capte très efficacement son attention et lui demande peu d’efforts d’autorégulation.


Après 6 ans : l’enjeu n’est plus seulement la durée, mais aussi le cadre


À partir de l’école primaire, les écrans prennent souvent une place plus importante :


  • dessins animés,

  • jeux vidéo,

  • console,

  • tablette,

  • parfois premiers téléphones plus tardivement.


À cet âge, le sujet n’est plus seulement combien de temps, mais aussi :


  • quand l’enfant utilise l’écran,

  • pourquoi,

  • avec qui,

  • à la place de quoi,

  • et quel effet cela a sur son comportement, son sommeil, son attention ou sa disponibilité pour le reste.


Certains enfants tolèrent relativement bien un usage modéré et cadré.Pour d’autres, notamment lorsqu’il existe déjà :


  • des fragilités attentionnelles,

  • une impulsivité,

  • une anxiété,

  • des difficultés de sommeil,

  • une hypersensibilité,

  • ou une grande fatigabilité,


les écrans peuvent majorer certains déséquilibres.



Ce que les recherches montrent : des effets variables mais des points de vigilance réels


Le sujet des écrans est parfois présenté de manière très tranchée. En réalité, la littérature scientifique est plus nuancée.


Elle ne dit pas que “chaque minute d’écran est toxique”.En revanche, elle montre plusieurs associations qui reviennent régulièrement, surtout lorsque l’exposition est précoce, importante, peu accompagnée ou située à des moments sensibles de la journée.


1. Les écrans peuvent empiéter sur le langage et les interactions

Chez les jeunes enfants, le langage se développe dans l’échange : on parle, on répond, on nomme, on répète, on joue avec les sons, on observe les expressions du visage.

Un écran, surtout passif, n’offre pas cette richesse relationnelle.


Plusieurs travaux récents retrouvent des liens entre une exposition importante aux écrans dans la petite enfance et :


  • un vocabulaire moins riche,

  • des difficultés de langage expressif,

  • ou un moindre développement de certaines fonctions exécutives liées à l’attention et à l’organisation.


Cela ne signifie pas qu’un dessin animé de temps en temps provoque un trouble du langage.


En revanche, lorsqu’un écran prend une place importante dans les temps d’échange, il peut réduire les occasions d’apprendre par la relation.



2. Le sommeil est particulièrement sensible aux écrans

C’est probablement l’un des points les plus concrets dans le quotidien des familles.


Les écrans, surtout le soir, peuvent :


  • retarder l’endormissement,

  • maintenir le cerveau en état d’alerte,

  • augmenter l’excitation,

  • perturber les routines du coucher,

  • et réduire la durée ou la qualité du sommeil.


Or, un enfant fatigué régule moins bien :


  • ses émotions,

  • son attention,

  • sa tolérance à la frustration,

  • et son comportement.


Plusieurs revues et études récentes retrouvent une association entre temps d’écran élevé et sommeil plus court ou de moins bonne qualité, avec une vigilance particulière sur l’exposition en soirée.



3. L’attention et la régulation peuvent être fragilisées chez certains enfants


Les écrans rapides, très stimulants, avec changements d’images fréquents, récompenses immédiates ou contenus très excitants peuvent rendre plus difficile le retour à une activité lente, scolaire ou demandant de l’attente.


Certaines études récentes mettent en évidence des liens entre temps d’écran élevé et difficultés attentionnelles ou symptômes d’inattention/hyperactivité, même si les mécanismes restent complexes et multifactoriels.


Encore une fois, il ne s’agit pas de dire que “les écrans causent un TDAH”.Mais chez un enfant déjà vulnérable sur le plan attentionnel ou émotionnel, un usage non cadré peut clairement compliquer le quotidien.



Les signes qui doivent alerter dans le quotidien


Il peut être utile de se poser la question des écrans lorsqu’un enfant :


  • réclame un écran de manière quasi permanente ;

  • a de grosses colères à l’arrêt ;

  • s’endort difficilement ou dort moins bien ;

  • abandonne progressivement le jeu libre, la lecture, les activités motrices ou les interactions ;

  • mange systématiquement devant un écran ;

  • a besoin d’un écran pour se calmer à chaque émotion ;

  • paraît plus irritable, plus agité ou plus “déconnecté” après certaines utilisations ;

  • n’arrive plus à s’occuper sans stimulation immédiate.


Ces signes ne veulent pas dire qu’il faut tout supprimer du jour au lendemain.Ils invitent surtout à reprendre la main sur le cadre.



Comment accompagner les écrans à la maison sans entrer dans une guerre quotidienne ?


✔️ 1. Penser “qualité d’usage” avant de penser seulement “minutes”


Toutes les minutes d’écran ne se valent pas.


Il y a une différence entre :


  • un dessin animé choisi, court, adapté, regardé avec un adulte ;

  • et une consommation longue, seule, automatique, avec des contenus rapides qui s’enchaînent.


Avant de compter uniquement le temps, demandez-vous :


  • À quel moment mon enfant regarde-t-il un écran ?

  • Dans quel état émotionnel ?

  • Est-ce un moment partagé ou un moment “parking” ?

  • Est-ce que cela remplace un besoin important (jouer, dormir, bouger, parler, manger) ?


✔️ 2. Éviter les écrans pendant les repas, avant le coucher et pour calmer systématiquement une émotion


Ce sont trois situations particulièrement sensibles.


Pendant les repas


L’écran coupe l’enfant de ses sensations corporelles, de la relation et du moment familial.



Avant le coucher


Il excite, retarde l’endormissement et perturbe les routines.



Pour calmer une émotion


Si l’écran devient l’unique outil d’apaisement, l’enfant n’apprend pas d’autres moyens de se réguler.



✔️ 3. Prévenir avant d’éteindre


Le passage de l’écran au “plus rien” est difficile pour beaucoup d’enfants.


Aider la transition peut vraiment limiter les conflits :


  • “Encore 5 minutes puis on éteint.”

  • “Tu regardes un épisode, puis on passe au bain.”

  • utiliser un timer visuel ou un sablier ;

  • ritualiser la fin.



✔️ 4. Garder un cadre stable et prévisible


Les enfants supportent mieux la frustration quand les règles sont claires.


Par exemple :

  • pas d’écran le matin avant l’école ;

  • pas d’écran pendant les repas ;

  • pas d’écran après telle heure ;

  • temps défini le mercredi ou le week-end ;

  • contenus validés par l’adulte.


L’objectif n’est pas d’être rigide à l’extrême, mais d’éviter le flou permanent.



✔️ 5. Redonner de la place à l’ennui, au mouvement et au jeu libre


C’est un point essentiel.


Un enfant qui s’ennuie un peu :


  • invente,

  • cherche,

  • explore,

  • construit son imaginaire,

  • développe sa créativité,

  • apprend à s’occuper autrement.


Les écrans prennent parfois tellement de place qu’ils réduisent la capacité de l’enfant à se tourner vers des activités plus lentes ou plus autonomes.



Quelles alternatives proposer concrètement ?


Tout dépend évidemment de l’âge, mais voici quelques idées simples à proposer avant de sortir un écran :


Pour les plus petits


  • livres cartonnés,

  • boîtes à transvaser,

  • pâte à modeler,

  • jeux d’eau,

  • puzzles simples,

  • parcours moteurs dans le salon,

  • chansons à gestes,

  • dînette, poupées, garage, animaux…



Pour les enfants de maternelle / primaire


  • coloriages, gommettes, découpage,

  • Lego, Kapla, Playmobil,

  • chasse au trésor dans la maison,

  • mission motrice (“fais 10 sauts, passe sous la table, roule sur le tapis…”),

  • jeux de société courts,

  • boîte “idées anti-écran” à piocher,

  • coin calme avec livres, casque anti-bruit, balle sensorielle, couverture douce…


Quelques achats utiles pour limiter les conflits autour des écrans


Si vous souhaitez aider les familles avec des idées concrètes, vous pouvez citer des outils simples comme :


  • un timer visuel pour matérialiser le temps d’écran ;

  • une boîte à activités autonomes à sortir dans les moments sensibles ;

  • des cartes d’idées d’activités quand l’enfant dit “je m’ennuie” ;

  • un coussin d’équilibre ou un petit matériel moteur pour les enfants qui ont besoin de bouger ;

  • des jeux sensoriels (pâte à modeler, sable sensoriel, balles à picots, fidgets) ;

  • une veilleuse / routine du soir visuelle pour remplacer l’écran avant le coucher.



Le regard de la psychomotricienne


En psychomotricité, les écrans ne sont pas seulement une question de “temps passé”.


Ils interrogent aussi :


  • la place du corps dans le quotidien,

  • la capacité de l’enfant à jouer,

  • sa disponibilité attentionnelle,

  • sa tolérance à l’attente,

  • son rapport au mouvement,

  • sa régulation émotionnelle,

  • la qualité de ses interactions.


Un enfant qui passe beaucoup de temps sur écran n’est pas forcément un enfant “en difficulté”.


En revanche, lorsque l’écran prend trop de place, il peut venir masquer ou majorer certaines fragilités déjà présentes :


  • agitation,

  • difficultés d’attention,

  • troubles du sommeil,

  • langage peu stimulé,

  • hypersensibilité,

  • faible tolérance à la frustration.


Le but n’est donc pas de culpabiliser les familles.


Le but est de les aider à remettre de l’équilibre :


  • plus de corps,

  • plus de relation,

  • plus de jeu,

  • plus de temps lent,

  • et des écrans mieux pensés, mieux placés, mieux accompagnés.


Pour conclure


Les écrans font partie de notre quotidien, et il serait irréaliste de penser qu’ils peuvent disparaître complètement de la vie des enfants.


En revanche, ils ont besoin d’être encadrés, pensés et adaptés à l’âge de l’enfant.

Plus l’enfant est jeune, plus il a besoin :


  • d’expériences réelles,

  • de mouvement,

  • d’interactions,

  • de langage,

  • de jeu libre,

  • et d’un adulte disponible pour l’accompagner.


Il ne s’agit pas d’être un parent parfait. Il s’agit plutôt de se poser régulièrement cette question :

“Est-ce que les écrans prennent la place de ce dont mon enfant a besoin pour grandir ?”

Si la réponse devient “oui, un peu trop souvent”, alors quelques ajustements peuvent déjà faire une vraie différence.


Références scientifiques et repères utiles


  • Santé publique France. Temps d’écran des enfants de 3 à 11 ans (synthèse 2025) : forte exposition quotidienne dès le plus jeune âge et hausse les jours sans école.

  • OMS. Recommandations sur les comportements sédentaires et les écrans chez les jeunes enfants : pas d’écran à 1 an ; à 2 ans, 1h maximum et moins c’est mieux.

  • Ameli / Société française de pédiatrie : repères d’usage des écrans selon l’âge, vigilance sur le sommeil, l’attention, le langage et la santé globale.

  • Mallawaarachchi et al., JAMA Pediatrics, 2024 : l’exposition précoce, le contexte d’usage, le contenu et le “background TV” sont associés à des issues cognitives et psychosociales moins favorables, tandis que le co-visionnage peut être plus protecteur.

  • Bal, 2024 ; Massaroni et al., 2023 : revues sur les liens entre écrans, langage et fonctions exécutives dans la petite enfance.

  • He et al., 2025 ; Pickard et al., 2024 : associations entre écrans et perturbations du sommeil, surtout lorsque l’exposition est importante ou en soirée.


Article rédigé par Yolène Auzoles, Psychomotricienne D,É

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