Comprendre et accompagner les émotions chez l’enfant
- yoleneau02
- 27 mai
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 27 mai
Quand ressentir devient difficile à gérer
Un enfant qui pleure “pour rien”.Un autre qui explose de colère au moindre changement. Un enfant qui semble constamment débordé, sensible, inquiet ou incapable de se calmer.
Et souvent, derrière ces comportements, les parents se demandent :
“Est-ce normal ?”“Pourquoi réagit-il comme ça ?”“Est-ce que je fais quelque chose de travers ?”
En tant que psychomotricienne, j’accompagne régulièrement des enfants qui ne manquent ni de volonté, ni d’intelligence, ni d’amour… mais qui sont simplement dépassés par ce qu’ils ressentent.
Car apprendre à gérer ses émotions est un long processus de développement.
Et avant de pouvoir calmer ses émotions, un enfant doit d’abord apprendre à les comprendre, les ressentir… puis les réguler.
🌈 Les émotions : une étape essentielle du développement
Les émotions ne sont pas “le problème”.Elles sont au contraire indispensables au développement de l’enfant.
La peur protège. La colère exprime une frustration. La tristesse signale un besoin de réconfort. La joie favorise le lien social.
Le cerveau émotionnel de l’enfant est actif très tôt, mais les zones cérébrales permettant de contrôler les réactions émotionnelles mettent beaucoup plus de temps à maturer.
Le cortex préfrontal — impliqué dans l’inhibition, le raisonnement et la régulation émotionnelle — continue de se développer pendant toute l’enfance… et même jusqu’au début de l’âge adulte.
Cela signifie qu’un jeune enfant ne possède pas encore les capacités neurologiques d’un adulte pour :
relativiser,
prendre du recul,
attendre,
gérer la frustration,
ou calmer seul une émotion intense.
🧠 Pourquoi certains enfants débordent davantage ?
Tous les enfants ressentent des émotions.Mais certains les vivent avec une intensité beaucoup plus forte.
On retrouve souvent :
une hypersensibilité,
une grande réactivité émotionnelle,
des difficultés de régulation,
un besoin important de mouvement,
une fatigue émotionnelle,
ou encore des difficultés attentionnelles associées.
Parfois, le corps devient alors le moyen d’expression principal :
agitation,
cris,
opposition,
pleurs,
tensions corporelles,
évitement,
agressivité,
repli sur soi.
Et contrairement aux idées reçues, ces réactions ne sont pas toujours “volontaires”.
Le corps et les émotions sont profondément liés.
👶 Le développement émotionnel selon l’âge
Avant 2 ans
L’enfant ressent les émotions de manière très intense mais ne peut pas encore les verbaliser ni les contrôler.
Les colères, frustrations et pleurs sont fréquents.
Le parent joue alors un rôle de “régulateur externe” :
il apaise,
sécurise,
met des mots,
contient émotionnellement.
Entre 3 et 5 ans
L’enfant commence progressivement à :
reconnaître certaines émotions,
attendre un peu plus,
comprendre des règles simples.
Mais son cerveau émotionnel reste très immature.
Les crises peuvent être impressionnantes, surtout lors :
des frustrations,
de la fatigue,
des transitions,
ou de la surcharge sensorielle.
Entre 6 et 10 ans
Les capacités de régulation progressent.
L’enfant développe davantage :
l’empathie,
la compréhension des émotions,
le contrôle inhibiteur,
les stratégies d’adaptation.
Cependant, certains enfants peuvent encore être rapidement débordés, notamment lorsqu’ils présentent :
une hypersensibilité,
un trouble attentionnel,
de l’anxiété,
ou une grande fatigabilité émotionnelle.
⚠️ Quand les émotions deviennent difficiles à vivre
Il est important de rappeler qu’avoir des émotions fortes n’est pas un trouble.
Cependant, certains signes peuvent montrer qu’un enfant souffre dans sa régulation émotionnelle :
colères très fréquentes ou très intenses,
agressivité importante,
anxiété envahissante,
difficultés relationnelles,
opposition constante,
fatigue émotionnelle,
difficultés scolaires liées aux émotions,
hypersensibilité importante au bruit, aux changements ou aux frustrations.
Dans ces situations, l’enfant ne cherche généralement pas à “manipuler”.
Il tente surtout de gérer un monde intérieur qu’il ne comprend pas encore totalement.
🏠 Comment aider son enfant au quotidien ?
✔️ Mettre des mots sur les émotions
Un enfant apprend progressivement à identifier ce qu’il ressent.
Exemples :
“Tu sembles très en colère.”
“Je vois que cette situation t’a rendu triste.”
“Ton corps a l’air très tendu.”
Nommer aide le cerveau à organiser l’émotion.
✔️ Accueillir avant de corriger
Lorsqu’un enfant est submergé émotionnellement, son cerveau n’est plus disponible pour entendre une leçon ou une punition complexe.
Avant d’expliquer ou de poser un cadre :
il faut d’abord apaiser.
✔️ Utiliser le corps pour réguler
Le corps joue un rôle essentiel dans la gestion émotionnelle.
Certains enfants ont besoin :
de bouger,
sauter,
courir,
pousser,
manipuler,
respirer profondément,
ou se contenir physiquement dans un espace rassurant.
Les activités psychomotrices peuvent énormément aider :
parcours moteurs,
yoga enfant,
respiration,
jeux sensoriels,
balancements,
activités de coordination.
✔️ Éviter certaines phrases
Certaines phrases peuvent involontairement accentuer la détresse émotionnelle :
❌ “Arrête de pleurer.”
❌ “Ce n’est rien.”
❌ “Tu exagères.”
❌ “Calme-toi immédiatement.”
À la place :
✔️ “Je vois que c’est difficile pour toi.”
✔️ “Je suis là.”
✔️ “On va trouver une solution ensemble.”
✔️ “Ton émotion a le droit d’exister.”
🧸 Quelques outils utiles à la maison
Certains supports peuvent aider l’enfant à mieux comprendre et réguler ses émotions :
roues des émotions,
livres sur les émotions,
cartes émotionnelles,
balles sensorielles,
coussins d’équilibre,
timer visuel,
casque anti-bruit pour les enfants hypersensibles,
coin calme avec lumière tamisée et objets rassurants.
L’objectif n’est pas de supprimer l’émotion, mais d’aider l’enfant à la traverser plus sereinement.
👩⚕️ Le regard de la psychomotricienne
En psychomotricité, nous savons que les émotions ne passent pas uniquement par les mots.
Elles s’expriment aussi :
dans le corps,
le mouvement,
le tonus,
la posture,
la respiration,
l’agitation,
ou au contraire le repli.
Derrière un enfant “trop agité”, “trop sensible” ou “trop en colère”, il y a parfois simplement un enfant dont le système émotionnel est saturé.
L’objectif n’est donc pas d’obtenir un enfant “sage” à tout prix.
Mais plutôt un enfant qui apprend progressivement :
à reconnaître ce qu’il ressent,
à comprendre son corps,
et à trouver des moyens adaptés pour se réguler.
💛 Pour conclure
Les émotions débordantes ne sont pas le signe d’un enfant “capricieux” ou “mal élevé”.
Elles traduisent souvent un cerveau et un corps encore en construction.
Certains enfants auront besoin de davantage de temps, d’accompagnement et d’outils pour apprendre à gérer ce qu’ils ressentent.
Et parfois, derrière une grande tempête émotionnelle, se cache simplement un enfant qui aurait surtout besoin d’être compris.
📚 Quelques références scientifiques
Siegel, D. & Bryson, T. — Le cerveau de votre enfant
Catherine Gueguen — Pour une enfance heureuse
Immordino-Yang, M.H. — Neurosciences des émotions et apprentissages
Développement du cortex préfrontal et régulation émotionnelle chez l’enfant (Center on the Developing Child – Harvard University)
Article rédigé par Yolène Auzoles, psychomotricienne D.É.



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